+++ [22/01/06] Cortège parisien en l'honneur de Louis XVI
Le Cercle Jacques Bainville s'est joint au cortège aux flambeaux du dimanche 22 janvier organisé par l'Action française en mémoire de la mort de Louis XVI. La participation était nettement plus élevée que les années précédentes.
Soyons sur tous les fronts, d'Assas aux commémorations!
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+ Allocution de Michel Fromentoux directeur de l'Institut d'Action française +
Nous vivons en ce début de IIIe millénaire les conséquences ultimes de l'assassinat du roi Louis XVI, qui fut, plus qu'un régicide, un sacrilège. Ceux qui le perpétrèrent voulaient tuer en la personne du Roi le reflet de la paternité divine. Toute trace de transcendance devait disparaître devant le droit de l'homme à vivre à ras de terre et à recréer le monde selon les seuls caprices de sa courte raison. Mais, comme disait Gustave Thibon, « les blessures faites au Ciel saignent sans fin sur la terre ».
Ce n'est pourtant point la tristesse qui doit envahir nos cœurs au terme de cette marche où les flambeaux disent notre volonté de ne pas nous résigner. La vie de Louis XVI n'est en rien l'histoire d'un échec. Bien sûr, il est regrettable que le roi ait trop épousé les utopies de son temps, qu'il ait cru à la bonté naturelle de l'homme, qu'il ait considéré comme un malheur le fait d'avoir à commander ses sujets dont il souhaitait seulement être aimé.
Toutefois, la vie d'un Roi Très Chrétien ne se déroule pas sur le seul plan temporel : dès qu'il vit que l'œuvre des révolutionnaires se dressait d'un même mouvement contre l'ordre politique hérité des siècles chrétiens et contre le Dieu de sainte Clotilde et de saint Louis, il sut s'appuyer sur tous les siècles de légitimité capétienne pour s'élever jusqu'au sublime. Au cours de la parodie de procès qui lui fut infligée, devant les brutes épaisses siégeant à la Convention, il se comporta avec le plus grand calme comme le symbole de l'unité française au-dessus des déchirements du vieux peuple gaulois : il était prêt pour le sacrifice, pour l'immolation, pour le don de sa vie à l'image de Notre Seigneur Jésus-Christ sous la fureur des hommes qui "ne savent pas ce qu'ils font".
Infinie grandeur que celle qui rayonna de sa personne au matin du 21 janvier 1793, place de la Concorde, quand, roi jusqu'à la cime de lui-même, il gravit, majestueux, les marches de l'échafaud, puis se laissa lier les mains avant de courir au bout de l'estrade crier à ce peuple lié à lui par un contrat de huit siècles : « Peuple, je suis innocent de ce dont on m'accuse ». C'est alors que les tambours de Santerre vinrent briser l'histoire de France... Mais le roi invoquait encore Dieu pour que son sang pût « cimenter le bonheur des Français » quand Sanson laissa tomber le couteau fatal. Alors l'abbé Edgeworth de Firmont, éclaboussé du sang royal, cria « Fils de saint Louis, montez au Ciel ».
Il y avait dans cette mort quelque chose de plus fort que la mort, et tous les Français présents place de la Concorde restèrent comme pétrifiés tandis qu'à la sauvette, la dépouille du roi était transportée ici-même, dans ce qui était alors le cimetière de la Madeleine. Cette muette admiration, l'ignoble Marat s'empressa de dire qu'il fallait la cacher aux Français, parce que « l'histoire doit être faite pour le peuple »... Dès le 22 janvier commençait, voyez-vous, la désinformation...
Nul plus que Louis XVI n'avait pressenti le fossé qui, la clef de voûte monarchique une fois disparue, se creuserait entre le pays légal et le pays réel. « J'interjette, avait-il dit, appel à la nation elle-même du jugement de ses représentants. » Cet appel, c'est à NOUS qu'il appartient, deux cent treize ans après, de le faire enfin entendre aux Français intoxiqués par l'histoire officielle, les faux prophètes du politiquement correct et les sirènes médiatiques.
Les Français ont le droit de le savoir : c'est à partir du moment où les révolutionnaires ont rompu avec une institution assurant la pérennité de la France par les lois mêmes qui perpétuent le genre humain – celles de l'hérédité – que la France s'est trouvée lancée dans une aventure sans issue, où des politiciens de rencontre mènent des politiques improvisées et titubantes, alors que le système électoraliste les pousse plus à assouvir leur volonté de puissance qu'à servir le bien commun. Les constitutions et les républiques passent, aucune ne s'enracine dans la durée, aucune tête politique ne donne réellement à la France conscience d'elle-même. Et ce n'est pas le spectacle de quarante guignols se bousculant pour annoncer leur candidature à la magistrature suprême qui contribuera dans les mois qui viennent à redorer le blason de la république.
L'impossibilité pour la France de s'incarner dans un être de chair et de sang de génération en génération rend toujours plus aléatoire son unité et même sa volonté d'indépendance. Aux Français qui ont montré le 29 mai dernier leur refus de voir le pays se dissoudre dans un fourre-tout européiste, il est de notre devoir de rappeler que la famille royale est le plus sûr élément de stabilité autour duquel puisse se solidifier l'identité nationale.
Il n'est pas jusqu'à la conception même de la nation qui ne se soit trouvée pervertie par les assassins du roi. Dès lors qu'elle a cessé d'être conçue, à l'instar de la souveraineté royale, comme un héritage faisant de chacun un débiteur qui se reconnaît des devoirs par rapport à elle, la nation tend à devenir une coquille vide soutenue par la seule volonté d'individus qui jugent du bien fondé de leur appartenance nationale en fonction de leurs seuls intérêts, de leurs seuls avantages acquis, des seules jouissances qu'ils croient leur être dues.
En outre la rupture avec le pacte de Reims a causé, chez la Fille aînée de l'Église, un vide spirituel comblé il y cent ans, non par la laïcité comme on veut nous le faire croire, mais par la pseudo religion d'un laïcisme pur et dur qui, aujourd'hui, pousse par la législation les Français à s'avachir dans le matérialisme et l'hédonisme, à massacrer chaque année 225 000 enfants dans le sein de leur mère et à faire des Droits de l'Homme les droits de Sodome... On a crié à la mort de Dieu, on en est aujourd'hui à la mort de la France, à la mort de l'homme lui-même, dans un pays qui croit si peu en lui qu'il n'honore plus la famille et ne renouvelle même plus ses générations. Une nation tombée si bas est-elle en mesure de faire comprendre aux jeunes qu'être français c'est un honneur, qui se mérite ?
Je le redis : nous en appelons ce soir aux Français pour qu'ils mesurent enfin ce que fut la tragique méprise de la Révolution. Il faut qu'ils sachent que la monarchie en France n'a pas dit son dernier mot le 21 janvier 1793. Outre les années de paix civile et étrangère que furent celles de la Restauration, n'oublions pas la grande figure d'Henri V, comte de Chambord, qui, de son exil de Froshdorf, lança de si vigoureuses déclarations dénonçant le libéralisme, et la loi de la jungle de la concurrence effrénée, et rappelant que les rois capétiens avaient soutenu le peuple de France contre les féodaux et les puissances d'argent. Tradition sociale continuée par les princes d'Orléans jusqu'à nos jours, où les délocalisations et les divers "plans sociaux" montrent que le peuple est toujours méprisé par les puissances mercantiles et apatrides.
Oui, la France reviendra à son Roi. La monarchie "traditionnelle en son principe et moderne en ses institutions", libérée des malentendus de 1789, n'est en rien une utopie. Les Français ne croient plus aux idéologies, ni aux compétitions partisanes ; ils méritent que la politique redevienne cet acte d'amour et de paternité que Louis XVI poussa jusqu'au sacrifice suprême. Comme le disait Pierre Boutang, et je terminerai sur cette citation, « Louis XVI est mort pour que revive le Roi ».
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